Drone multirotor magazine avec AirHD – Mars 2016

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Article écrit par Arnaud ROLAND

 

Saut pendulaire du funiculaire du Pic du Midi avec PYRENALINE

7h00 du matin. Température, environ 2°C. L’humidité est omniprésente. Les premières difficultés de cette mission se manifestent bien vite. Nous avons rendez-vous avec l’équipe de casse-cou  de Pyrenaline au pied du Funiculaire du Pic du Midi. L’objectif de ses 4 jours sur site est de suivre la tentative de record de France de Saut Pendulaire et immortaliser une première mondiale, un saut pendulaire depuis une cabine de téléphérique. Pour les non-initiés, il s’agit de s’élancer dans le vide attaché par une corde à la manière d’un pendule.

Première contrainte : acheminer les affaires de vol au point intermédiaire et trouver un endroit pour pouvoir préparer notre multirotor. Nous sommes en montagne, éloignés de tout, nous avons donc opté pour le ‘COMPLET’. En d’autres termes, nous avons de quoi fabriquer un second drone sur place. Autant dire que le drone lui-même ne représente qu’une petite partie de tout ce dont nous avons besoin pour que la mission ait une chance d’être un succès.

Nous arrivons à la station intermédiaire du funiculaire, Le TAOULET. Nous installons nos affaires   sensibles à l’abri des températures d’altitude et commençons par jeter un œil à la météo. Mauvaise surprise, la visibilité ne nous permet même pas de voir l’installation. Pas de panique, l’expérience nous a montré jusque-là que la météo en montagne peut changer soudainement. Nous commençons alors la préparation machine et conservons précieusement nos Lipo à température convenable, en l’occurrence, dans la poche intérieure de la veste.

La mission sera assurée par un Hexacopter TAROT 680 Pro. Equipé habituellement d’un Sony NEX7 surmonté d’un grand angle, nous avons opté pour l’utilisation d’une Gopro4 Black qui permettra des durées de vol un peu plus allongées et une maniabilité plus réactive de la nacelle, le poids du Reflex en moins étant significatif sur l’attitude de vol du multirotor également.

Les équipes de télévision et de presse arrivent mais toujours pas de fenêtre météo favorable. Le brouillard omniprésent nous empêche de réaliser un vol d’essai. Soyons patient.

Taoulet Pyrenaline ensemble sol.MP4.Image fixe009

Premier Vols

Ce n’est qu’au 3ème jour, après de longues heures d’attente, qu’un rayon de soleil daigne pointer le bout de son nez. La masse nuageuse coincée jusque-là dans la cuvette laisse apparaitre un domaine de vol à couper le souffle. Excités et anxieux des conditions d’intervention particulières, nous déroulons notre check-list avant vol et décollons pour quelques vols d’essai qui serviront de complément au reportage.

Taoulet France 3.MP4.Image fixe018Pyrenaline Ensemble.MP4.Image fixe002

Le TAROT décolle rapidement et s’élève au-dessus du relief. Un court stationnaire me permet d’apprécier les rafales de vent et quelques manœuvres simples me rassurent sur le comportement du capteur Barométrique en altitude. Je ne relève aucune anomalie et je débute alors une translation à travers la vallée tout en appréciant le spectacle grandiose du Pic du Midi dans mon retour vidéo.

saut pendulaire pic du midi Pyrénaline septembre 2015

Nous avons effectué quelques vols comme celui-ci lorsque la météo nous le permettait.

Le cadreur et moi-même étions contents des rushs obtenus au vu des contraintes inhabituelles auxquelles nous étions confrontés mais le gros du travail restait encore à faire. Le sujet à filmer se trouve à environ 700 mètres de distance à proximité des cabines et des câbles qui les maintiennent. A cette distance, même avec l’aide d’observateurs postés directement dans la cabine, nous nous rendons compte qu’il ne sera pas possible d’assurer la sécurité du sauteur et celle du drone si nous restons sur le col intermédiaire avec la station sol. De plus, le simple trajet jusqu’au milieu de la vallée est consommateur d’énergie. Nous perdrions de précieuses minutes d’autonomie qui pourraient être cruciales au moment du saut. En effet, en plus des contraintes normales dues à l’utilisation d’un drone, il est primordial de composer avec celles afférentes au montage technique et complexe des lignes de saut et tous les contretemps pouvant survenir juste avant ce dernier.  Finalement, en optant pour cette solution, nous pouvions aussi faire une croix sur des plans rapprochés de la cabine ou des travellings à proximité des câbles et donc de l’équipe.

Après concertation avec les cordistes de l’extrême ainsi que le responsable sécurité cabine, la décision est prise de tenter l’aventure en immersion : nous décollerons directement de la cabine.

Le premier problème survient, l’envergure du châssis Tarot est 680mm, avec hélice cela fait environ 1 mètre. Ouverture de la porte du funiculaire 1.1m. Ayant attendu 2 jours auparavant l’indulgence de la météo pour pouvoir voler et effectuer des tests, nous avions eu le temps d’envisager cette hypothèse et prévu pour notre deuxième venue sur site, une plateforme extensible d’environ 1.20m de côté. Celle-ci sera rapidement déployée pour les phases de décollage et d’atterrissage exclusivement et laissera alors la place à Pyrenaline pour effectuer le premier saut.

Le Saut

L’évènement étant un record de France et une première mondiale, la préparation de l’installation est longue et pleine d’étapes avant que le premier sauteur puisse s’élancer.

Après 7 jours de préparation pour l’équipe et une météo terriblement capricieuse, quelques faux départs, le  « GO » est donné. Une fenêtre vient de s’ouvrir au travers du brouillard. Le temps nous est compté car le Pic du Midi continue de faire transiter des passagers jusqu’au sommet. Ils stoppent alors leur trafic à chacune de nos interventions. Et cela coute de l’argent.

Nous installons de quoi nous préparer dans un coin de la cabine où sommes confinés avec les préparateurs, le responsable de l’évènement, le photographe, 5 excités prêt à en découdre, notre matériel et surtout tout le matériel des cordistes. Nous essayons tant bien que mal de dérouler notre check-list pré-vol et préparer notre machine dans les temps. Il faut être rapide et réactif et ne pas entraver le déroulement des opérations du saut.

La sécurité des portes est déverrouillée et celles-ci s’ouvrent sur la première cuvette du massif montagneux. Nous sommes tous équipés de baudriers raccordés à la cabine, sécurité oblige. Mais impossible d’ignorer le panorama qui se présente. La hauteur est impressionnante (environ 300m). La lumière est correcte et la température clémente. Nous sommes chanceux, à peine 10km/h de vent pour une première en drone : Départ d’un téléphérique.

Après une quinzaine de minutes de préparation pour tout le monde, le signal est donné à la radio. Nous mettons en place la plateforme extensible conçue pour l’occasion, posons le drone dessus et commençons surement la phase la plus critique que nous ayons eu  à gérer jusque-là : le départ du drone dans les airs.

Soulagement!  Je suis en l’air. Nous sommes à 2400m d’altitude. Les contrôleurs DJI A2 étant donné pour 2000m maximum, je teste quelques manœuvres simples pour me rendre compte de la réaction de celui-ci. Aucune anomalie constatée, je poursuis alors mon vol en réalisant les prises de vue complémentaires avant le saut en lui-même, et pour laisser le temps au reste de l’équipe de retirer la plateforme et préparer le moment fatidique.

Je suis en place, mon cadreur aussi. Nous nous sommes positionnés à environ 25m de distance, a peine en dessous des câbles de retenue du funiculaire.

Le décompte démarre et le premier inconscient de l’équipe ouvre la ligne en se jetant tête la première. Le saut est parfaitement réussi. Nous avons enregistré la séquence en 4K afin de pouvoir réaliser des recadrages en post-production. Je termine en prenant quelques séquences de l’équipe dans la cabine célébrant la réussite de cet essai et demande à mon cadreur de repositionner la plateforme.

 Saut Pendulaire.MP4.Image fixe011

Retour sur terre

La pression remonte et j’engage ma course pour me rapprocher de la cabine. Le risque le plus important est d’effectuer un rebond sur la plateforme ou qu’un pied du drone se retrouve en porte à faux sur celle-ci.

saut pendulaire pic du midi Pyrénaline septembre 2015

Pour ces raisons, 2 précautions s’imposaient :

L’utilisation du parachute (Non obligatoire sur cette mission), car nous avions des opérateurs cordistes plus bas sous la cabine positionnés dans la vallée et présents pour le fonctionnement de l’installation. Mais aussi l’utilisation de filets, prêts à être jetés, afin de prévenir une chute qui surviendrait au moment de l’approche.

Instant riche en stress. Quelques ajustements de manettes pour corriger les rafales et les pieds entre en contact avec la plateforme. On récupère la bête et surtout la carte SD.

Après consultation, les rushs sont bons et la mission qui paraissait être insurmontable semble avoir trouvé une issue plus que favorable. Place à la post-production, souvent notre deuxième métier, pour raconter cette histoire au travers d’un œil aérien.

Repousser les limites d’évolution des drones en termes d’environnement de vol et de complexité de mise œuvre des missions est ce qui fait le charme du nouveau métier de droniste. Cette expédition en restera une belle illustration.

 

 


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